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Hi! Hi! Hi! ...et ça continue!
(trop ancien pour répondre)
ElleffeGé
2004-04-20 22:49:43 UTC
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Le Soleil
La Une, mardi 20 avril 2004, p. A1

Lévis
La face cachée du Diamant Bleu
L'Office des transports a sacrifié la voie ferrée alors que son président
possédait des terrains

Bouchard, Alain

L'avocat Gilles Rivard, de Sillery, promoteur des condominiums Le Diamant
Bleu, près du quai de la traverse à Lévis, était président de l'Office
national des transports du Canada, en 1996, lorsque l'organisme autorisa le
démantèlement de la voie ferrée du Canadien National qui passait dans ce
secteur.

Me Rivard y possédait alors des terrains d'une valeur convenue de 225 000 $
à leur cession, en 1986, démontre une enquête du SOLEIL. C'est à cet endroit
qu'il vient tout juste d'entreprendre la phase II des luxueux condos du
Diamant Bleu, au coût de 20 millions $. La première phase avait coûté 3
millions $ et ses 23 condos, grâce à une vue exceptionnelle offerte sur
Québec, ont trouvé preneur au prix de 150 000 $ à 250 000 $. Mais cette vue
sur Québec s'accompagnait aussi de la disparition à tout jamais du train de
VIA Rail qui passait jadis par là, à seulement 20 mètres des terrains sur
lesquels Me Rivard construit ce qu'il appelle lui-même "les plus élégantes
adresses au Québec".

Malgré une vive contestation des groupes environnementaux et des militants
du transport public, le démantèlement du rail a été effectué en 1999 avec
l'accord de VIA Rail, dont le président était Marc LeFrançois. La gare de
Lévis, par laquelle passaient 150 000 voyageurs par année dans les années
1990, était alors la seule de tout l'Est canadien à faire la jonction des
transports terrestre, ferroviaire et maritime. Cette gare historique avait
été, à l'origine, le premier hôtel de ville de Lévis.

"Il est sûr qu'un chemin de fer constitue un irritant résidentiel, reconnaît
la directrice de la Chambre immobilière de Québec, Gina Gaudreault. Mais le
secteur de la gare de Lévis a aussi profité des projets d'embellissement
municipaux." Le plus important a justement été le remplacement du chemin de
fer par une piste cyclable, largement utilisée dans la publicité du Diamant
Bleu.

L'abandon des rails de la subdivision Montmagny a été accompagné d'un
important boom immobilier le long du fleuve, entre Lauzon et Saint-Romuald.
Voici notamment ce que dit la publicité du Diamant Bleu : "Un spectacle
magique, celui du fleuve Saint-Laurent si beau avec ses grands navires en
été et sa féerie de glace et de neige en hiver. Un tableau divin : celui de
la plus ravissante ville du monde, site du patrimoine mondial, Québec, son
château, ses fortifications, son quartier Petit-Champlain. À deux pas, juste
devant votre condo, Le Parcours des Anses, l'une des plus belles pistes
cyclables au Québec".

9031-6498 Québec Inc.

Gilles Rivard, qui a aujourd'hui 73 ans, prend pied dans le secteur de la
gare le 13 août 1986, quand Triach Maritimes lui cède, à lui et à son
associé René Laberge, une série de lots riverains de Lévis, situés en face
des Terrasses du Vieux-Port de Québec. Les deux parties s'entendent sur une
"valeur convenue" (true consideration, dit le contrat rédigé en anglais) de
225 000 $. Les terrains du Diamant Bleu non encore construits sont
aujourd'hui évalués à 540 000 $ à eux seuls, pour une surface de 10 437,6
mètres carrés.

Le 3 février 1992, le premier ministre, Brian Mulroney, nomme Gilles Rivard,
un conservateur notoire, président du Comité d'examen de la Loi sur les
transports nationaux. Celui-ci recommandera notamment l'abolition de
l'obligation pour une compagnie de chemin de fer de desservir certaines
localités.

À peine un an plus tard, le 11 mars 1993, Rivard est nommé président de
l'Office national des transports du Canada (ONT), au salaire de 155 000 $
par année, un mois après que Marc LeFrançois ait été nommé président de VIA
Rail, par M. Mulroney également. L'avocat de Sillery devient le tout premier
homme à occuper cette fonction sans avoir d'abord été ministre. Sa
nomination survient cinq jours avant que le gouverneur en conseil renverse
la décision de l'ONT d'autoriser le démantèlement de la même voie ferrée,
survenue en avril 1991.

Le 22 février 1996, l'ONT autorise le démantèlement de la voie ferrée, sans
tenir les audiences publiques instamment réclamées par les opposants, dont
le député-ministre de Lévis, Jean Garon.

La veille, Gilles Rivard et sa femme, Lucie Rondeau, avaient constitué la
compagnie 9031-6498 Québec Inc., à laquelle sont cédés un mois plus tard (le
22 mars 1996) les terrains achetés auparavant par Gilles Rivard et René
Laberge. Puis, Gilles Rivard abandonne la présidence de l'ONT, le 30 juin
1996.

Le 5 décembre 1997, 9031-6498 Québec Inc. est vendue à Condo Diamant Bleu
Phase I Inc., propriété de Gilles Rivard et d'Amexco. Le même jour, la
caisse populaire de Pointe-Sainte-Foy accorde un prêt de 2,330 millions $ à
Condo Diamant Bleu Phase I Inc. Entre-temps, le maire Denis Guay et la Ville
de Lévis font vigoureusement la promotion du projet de piste cyclable qui
allait finalement prendre la place du chemin de fer.

La phase II du Diamant Bleu, entreprise ces jours derniers, accouchera de 29
condos de 160 000 $ à 300 000 $. Et les phases III et IV suivront
immédiatement pour ajouter 58 autres condos de luxe aux 53 déjà existants.
Coût total de construction de l'ensemble : près de 75 millions $.

La Bataille du chemin de fer

L'organisation Transport 2000 Québec s'était battue de toutes ses forces
pour sauver ce chemin de fer, rappelle au SOLEIL son directeur, Normand
Parisien. "La seule disparition de la voie ferrée était déjà un scandale
pour nous, se remémore Parisien. Nous étions stupéfiés pas l'attitude des
autorités publiques. Alors, imaginez maintenant, alors qu'on apprend les
intérêts que Gilles Rivard avait là-dedans !"

L'avocat Yvan Roy, un ancien Lévisien qui, en 1997, a protesté auprès du
conseil municipal de Lévis, a même écrit au premier ministre, Jean Chrétien,
pour réclamer une enquête publique sur cette affaire. Il fut l'objet de
mises en demeure de Gilles Rivard et de Marc LeFrançois, qui eurent pour
effet de le "démobiliser", avait-il expliqué à l'époque. M. Roy a refusé de
parler de nouveau au SOLEIL dans le cadre de cette enquête. Il a dit qu'il
ne veut plus avoir "Rivard et LeFrançois sur le dos".

L'un des plus ardents opposants au projet, Richard Couture, de Québec, qui
était alors directeur de Transport sur rail au Québec (TRAC), avait
constitué un impressionnant dossier juridico-légal sur ce projet, et il
tentait tant bien que mal de sonner l'alarme lorsque le cancer l'emporta en
2001. C'était moins de deux ans après la disparition de la voie ferrée de
Lévis, "survenue dans une indifférence presque inimaginable des autorités
publiques", dit au SOLEIL sa veuve, Claire Thériault.

En 1998, le Comité régional action circulation (CRAC), présidé par le
géographe François Hulbert, de l'Université Laval, tentait un ultime effort
de sauvetage de la voie ferrée, dans une lettre expédiée au maire de Lévis,
Jean Garon, avec copie aux ministres David Collenette, Guy Chevrette, Linda
Goupil et Agnès Maltais, de même qu'aux maires Jean-Paul L'Allier et Émile
Loranger, alors président de la Communauté urbaine de Québec. Ce fut peine
perdue.

Le directeur actuel de TRAQ, Louis-François Garceau, rappelle que cet
organisme en était alors à ses premiers pas et qu'il se battait avec les
moyens du bord. "Mais on n'a quand même pas lâché jusqu'au dernier jour,
dit-il. Nous étions 150 à brandir des pancartes lorsque le dernier train est
passé par la gare de Lévis en l998."

VIA Rail y passait deux fois par jour, six jours par semaine. Et
antérieurement, le Canadien National y passait lui aussi deux fois par jour,
à raison de sept fois par semaine. Aujourd'hui, ce sont les vélos qui y
passent...

LFG de Charny au Québec. www.groupetraq.com
ElleffeGé
2004-04-24 02:25:11 UTC
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On parle de nous vers la fin... LFG.
Post by ElleffeGé
Le Soleil
La Une, mardi 20 avril 2004, p. A1
Lévis
La face cachée du Diamant Bleu
L'Office des transports a sacrifié la voie ferrée alors que son président
possédait des terrains
Bouchard, Alain
L'avocat Gilles Rivard, de Sillery, promoteur des condominiums Le Diamant
Bleu, près du quai de la traverse à Lévis, était président de l'Office
national des transports du Canada, en 1996, lorsque l'organisme autorisa le
démantèlement de la voie ferrée du Canadien National qui passait dans ce
secteur.
Me Rivard y possédait alors des terrains d'une valeur convenue de 225 000 $
à leur cession, en 1986, démontre une enquête du SOLEIL. C'est à cet endroit
qu'il vient tout juste d'entreprendre la phase II des luxueux condos du
Diamant Bleu, au coût de 20 millions $. La première phase avait coûté 3
millions $ et ses 23 condos, grâce à une vue exceptionnelle offerte sur
Québec, ont trouvé preneur au prix de 150 000 $ à 250 000 $. Mais cette vue
sur Québec s'accompagnait aussi de la disparition à tout jamais du train de
VIA Rail qui passait jadis par là, à seulement 20 mètres des terrains sur
lesquels Me Rivard construit ce qu'il appelle lui-même "les plus élégantes
adresses au Québec".
Malgré une vive contestation des groupes environnementaux et des militants
du transport public, le démantèlement du rail a été effectué en 1999 avec
l'accord de VIA Rail, dont le président était Marc LeFrançois. La gare de
Lévis, par laquelle passaient 150 000 voyageurs par année dans les années
1990, était alors la seule de tout l'Est canadien à faire la jonction des
transports terrestre, ferroviaire et maritime. Cette gare historique avait
été, à l'origine, le premier hôtel de ville de Lévis.
"Il est sûr qu'un chemin de fer constitue un irritant résidentiel, reconnaît
la directrice de la Chambre immobilière de Québec, Gina Gaudreault. Mais le
secteur de la gare de Lévis a aussi profité des projets d'embellissement
municipaux." Le plus important a justement été le remplacement du chemin de
fer par une piste cyclable, largement utilisée dans la publicité du Diamant
Bleu.
L'abandon des rails de la subdivision Montmagny a été accompagné d'un
important boom immobilier le long du fleuve, entre Lauzon et
Saint-Romuald.
Post by ElleffeGé
Voici notamment ce que dit la publicité du Diamant Bleu : "Un spectacle
magique, celui du fleuve Saint-Laurent si beau avec ses grands navires en
été et sa féerie de glace et de neige en hiver. Un tableau divin : celui de
la plus ravissante ville du monde, site du patrimoine mondial, Québec, son
château, ses fortifications, son quartier Petit-Champlain. À deux pas, juste
devant votre condo, Le Parcours des Anses, l'une des plus belles pistes
cyclables au Québec".
9031-6498 Québec Inc.
Gilles Rivard, qui a aujourd'hui 73 ans, prend pied dans le secteur de la
gare le 13 août 1986, quand Triach Maritimes lui cède, à lui et à son
associé René Laberge, une série de lots riverains de Lévis, situés en face
des Terrasses du Vieux-Port de Québec. Les deux parties s'entendent sur une
"valeur convenue" (true consideration, dit le contrat rédigé en anglais) de
225 000 $. Les terrains du Diamant Bleu non encore construits sont
aujourd'hui évalués à 540 000 $ à eux seuls, pour une surface de 10 437,6
mètres carrés.
Le 3 février 1992, le premier ministre, Brian Mulroney, nomme Gilles Rivard,
un conservateur notoire, président du Comité d'examen de la Loi sur les
transports nationaux. Celui-ci recommandera notamment l'abolition de
l'obligation pour une compagnie de chemin de fer de desservir certaines
localités.
À peine un an plus tard, le 11 mars 1993, Rivard est nommé président de
l'Office national des transports du Canada (ONT), au salaire de 155 000 $
par année, un mois après que Marc LeFrançois ait été nommé président de VIA
Rail, par M. Mulroney également. L'avocat de Sillery devient le tout premier
homme à occuper cette fonction sans avoir d'abord été ministre. Sa
nomination survient cinq jours avant que le gouverneur en conseil renverse
la décision de l'ONT d'autoriser le démantèlement de la même voie ferrée,
survenue en avril 1991.
Le 22 février 1996, l'ONT autorise le démantèlement de la voie ferrée, sans
tenir les audiences publiques instamment réclamées par les opposants, dont
le député-ministre de Lévis, Jean Garon.
La veille, Gilles Rivard et sa femme, Lucie Rondeau, avaient constitué la
compagnie 9031-6498 Québec Inc., à laquelle sont cédés un mois plus tard (le
22 mars 1996) les terrains achetés auparavant par Gilles Rivard et René
Laberge. Puis, Gilles Rivard abandonne la présidence de l'ONT, le 30 juin
1996.
Le 5 décembre 1997, 9031-6498 Québec Inc. est vendue à Condo Diamant Bleu
Phase I Inc., propriété de Gilles Rivard et d'Amexco. Le même jour, la
caisse populaire de Pointe-Sainte-Foy accorde un prêt de 2,330 millions $ à
Condo Diamant Bleu Phase I Inc. Entre-temps, le maire Denis Guay et la Ville
de Lévis font vigoureusement la promotion du projet de piste cyclable qui
allait finalement prendre la place du chemin de fer.
La phase II du Diamant Bleu, entreprise ces jours derniers, accouchera de 29
condos de 160 000 $ à 300 000 $. Et les phases III et IV suivront
immédiatement pour ajouter 58 autres condos de luxe aux 53 déjà existants.
Coût total de construction de l'ensemble : près de 75 millions $.
La Bataille du chemin de fer
L'organisation Transport 2000 Québec s'était battue de toutes ses forces
pour sauver ce chemin de fer, rappelle au SOLEIL son directeur, Normand
Parisien. "La seule disparition de la voie ferrée était déjà un scandale
pour nous, se remémore Parisien. Nous étions stupéfiés pas l'attitude des
autorités publiques. Alors, imaginez maintenant, alors qu'on apprend les
intérêts que Gilles Rivard avait là-dedans !"
L'avocat Yvan Roy, un ancien Lévisien qui, en 1997, a protesté auprès du
conseil municipal de Lévis, a même écrit au premier ministre, Jean Chrétien,
pour réclamer une enquête publique sur cette affaire. Il fut l'objet de
mises en demeure de Gilles Rivard et de Marc LeFrançois, qui eurent pour
effet de le "démobiliser", avait-il expliqué à l'époque. M. Roy a refusé de
parler de nouveau au SOLEIL dans le cadre de cette enquête. Il a dit qu'il
ne veut plus avoir "Rivard et LeFrançois sur le dos".
L'un des plus ardents opposants au projet, Richard Couture, de Québec, qui
était alors directeur de Transport sur rail au Québec (TRAC), avait
constitué un impressionnant dossier juridico-légal sur ce projet, et il
tentait tant bien que mal de sonner l'alarme lorsque le cancer l'emporta en
2001. C'était moins de deux ans après la disparition de la voie ferrée de
Lévis, "survenue dans une indifférence presque inimaginable des autorités
publiques", dit au SOLEIL sa veuve, Claire Thériault.
En 1998, le Comité régional action circulation (CRAC), présidé par le
géographe François Hulbert, de l'Université Laval, tentait un ultime effort
de sauvetage de la voie ferrée, dans une lettre expédiée au maire de Lévis,
Jean Garon, avec copie aux ministres David Collenette, Guy Chevrette, Linda
Goupil et Agnès Maltais, de même qu'aux maires Jean-Paul L'Allier et Émile
Loranger, alors président de la Communauté urbaine de Québec. Ce fut peine
perdue.
Le directeur actuel de TRAQ, Louis-François Garceau, rappelle que cet
organisme en était alors à ses premiers pas et qu'il se battait avec les
moyens du bord. "Mais on n'a quand même pas lâché jusqu'au dernier jour,
dit-il. Nous étions 150 à brandir des pancartes lorsque le dernier train est
passé par la gare de Lévis en l998."
VIA Rail y passait deux fois par jour, six jours par semaine. Et
antérieurement, le Canadien National y passait lui aussi deux fois par jour,
à raison de sept fois par semaine. Aujourd'hui, ce sont les vélos qui y
passent...
LFG de Charny au Québec. www.groupetraq.com
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